Visite de la Samaritaine

Lieu
Paris
Date
Body

Participants : 
Annick ASTRUC, Christian DELAVIGNE, Nicole AUBIN, Pierre BONHOMME, Françoise CROQUET, Axelle et Jean CULDAULT, Yolande GENTIL, Geneviève LALLEMAND, Béatrice LEFEUVRE, Michel LERASLE, Michel NAUD, Brigitte NEUVILLE, Françoise SEGUIN, Colette TORRES, Edward WATTEEUW.

3 styles d’architecture : l’art nouveau, l’art déco et l’architecture contemporaine

Jean et Axelle CULDAUT, ont travaillé à la Samaritaine lorsqu’ils étaient étudiants en architecture, et ils ont eu le plaisir de proposer à ARSCICADE-HABITAT une visite de la nouvelle Samaritaine le 6 mars 2023.
La Samaritaine était connue comme l’un des 5 grands magasins parisiens et pour ses rayons à l’origine bon marché. « On trouve tout à la Samaritaine ! » disait la publicité. Mais 135 ans après sa création, c’était sans compter sur les normes de sécurité et les tendances au luxe touchant les grands magasins actuels, qui ont conduit à une fermeture de 15 ans et à son rachat par LVMH qui a eu les moyens de financer sa rénovation. Ainsi, la surface de vente de la Samaritaine a été très fortement réduite et destinée quasi exclusivement au luxe, celle des bureaux a augmenté, et ont été créés 96 logements sociaux appartenant à Paris Habitat, un grand hôtel (de 26 chambres et 46 suites) côté Seine, des bureaux et une crèche de 80 berceaux.

Chronologie de la Samaritaine
1870 - Création de l'enseigne de la Samaritaine
1881 - Achat progressif des immeubles. 
1885 - L’Architecte Frantz Jourdain est missionné pour adapter les immeubles de la rue de la Monnaie.
1903 - Conception du plan d'ensemble d’aménagement et d'extension des bâtiments.
1910 - Achèvement du bâtiment Art Nouveau rue de la Monnaie.
1928 - Inauguration du bâtiment Art Déco de l’architecte H. Sauvage sur le quai de Seine
2005 - Fermeture de la Samaritaine
2005 - Batailles et procédures jusqu'en cassation
2010 - Rachat par LVMH. Permis de construire
2015 - Chantier : 5 ans de travaux
2021 - Inauguration Samaritaine, Hôtel du Cheval Blanc, logements sociaux…
Anniversaire de la Samaritaine : 150 ans +1 (Covid)

M. Cognacq et Mme Jay sont à l’origine de la création de la Samaritaine
Ernest Cognacq (1839 – 1928). Monté à Paris, il s'installe à 30 ans dans la 2e corbeille du Pont Neuf, à l'emplacement de la pompe royale de la Samaritaine détruite en 1813. La façade au centre de la pompe représentait sur un bronze doré le Christ et une Samaritaine, d'où le choix de son nom.
En 1870 « le Napoléon du déballage » ouvre une boutique à l'angle des rues du Pont Neuf et de la Monnaie qui s’oriente vers la clientèle féminine, la Samaritaine est née.
Son surnom est inscrit sur la façade : « Père LABOREM ». Le succès de la Samaritaine est basé sur un principe simple : « vendre bon marché pour vendre beaucoup et vendre beaucoup pour vendre bon marché ». La clientèle y est populaire, la Samar n'étale pas le luxe d'un décor de palais. Le développement de la vente se fait souvent à crédit (sans majoration de prix, ni intérêts financiers pris en charge par les fondateurs).

Ce modèle est paternaliste avec pour les employés :
Allocations familiales, indemnités en cas de maladie, garderie pour petits enfants, salle de culture physique, stade à Eaubonne, société théâtrale et lyrique, sanatorium et préventoriums pour enfants, puis dès 1916 : maternité, maison de retraite centre d'apprentissage, orphelinat, colonies de vacances et habitations à bon marché.
Marie-Louise Jay (1838 – 1825) se marie avec Ernest Cognac en 1872, et parce qu’ils n’auront pas d’enfant, ils adopteront leur petit-neveu : Gabriel Cognacq
Fernand LAUDET écrira en 1933 : « L'un voyait grand (Ernest), l'autre (Marie-Louise) voyait dans le détail ».

L’Art Nouveau
Une amitié se lie entre Ernest Cognac et Franck Jourdain ; il n'y a jamais eu de contrat écrit entre eux.
Le principe de l’architecte correspond à celui de l'Art Nouveau : « mettre l'Art dans la rue », c’est-à-dire qu'il se voit de chacun. La seule consigne donnée par E. Cognacq était pour que la cliente « rentre dans le bâtiment et y reste » pour acheter. 
La nature y joue un grand rôle, par la flore et ses courbes et par la faune. Tout y est dessiné et calepiné de l'escalier aux sous faces de plancher en passant par tous les détails d'architecture extérieure ou intérieure. La construction est modulaire et préfabriquée pour être assemblée plus rapidement avec de nouveaux matériaux dont le verre et le fer. 
À l’extérieur : 200 plaques de lave émaillée pesaient 150 kg chacune. Elles sont de F. Jourdain, car il est aussi décorateur et ont été vers 1930 recouvertes par un badigeon blanc, car ce n'était plus la mode, puis redécouvertes vers 1970.
À l’intérieur, la fresque du 5e étage et ses couleurs pastelles met le paon en valeur, car c’est l'animal fétiche de l'Art nouveau. Cette fresque était dès l'origine très répétitive. La verrière existait à l'origine et a été entièrement reconstruite (cf. : article sur la réhabilitation). Les sous paliers étaient déjà en céramique de grès flammé. Les balustrades étaient peintes à l'origine en bleu canard avec des feuilles de marronniers dorées. Le limon central de l'escalier était et reste en cuivre repoussé. Les tiges de métal auraient été à l’origine boulonnées par l'atelier d'Eiffel.

En général l’art nouveau est un art de la Belle Époque (art nouille pour ceux qui le discréditent) de la fin du XIXe siècle à 1914, et il s'est surtout fait connaître lors de l'exposition universelle de 1900. Mais en réaction au monde industriel, où la rationalité est exacerbée, on y retrouve un Art Total alliant arts majeurs (architecture, sculpture, peinture) et arts décoratifs (céramique, mobilier, joaillerie) : art + artisanat, et une revalorisation du travail ouvrier. (cf. photo 1)

L’Art Déco
Après la 1re guerre mondiale de 14-18, le Comité d'Esthétique de la Ville de Paris a demandé que la façade de la Samaritaine vue de la Seine soit transformée en façade plus noble avec de la pierre. 
Henri Sauvage, qui avait d’abord travaillé avec le style art nouveau puis avec celui d’art déco, a été missionné par E. Cognacq et a donc recouvert de pierre la façade d’origine en conservant sa structure en acier. Les principes de cette nouvelle façade respectent presque tous ceux de l’art déco : retour à l’épure, l’ordre et la raison avec des motifs plus géométriques voire cubistes et symétriques, bow-windows en façade sur rue à partir du 1er étage, immeuble en gradins vers le haut, pans coupés sur les angles (sur les côtés au RdC de l’immeuble, mais aussi sur les fenêtres). Les nouveaux vitrages sont en verre et acier, 3 par trame, dont deux ouvrants sur les côtés pour faciliter le nettoyage de l'ensemble. Henri Sauvage a également transformé le bâtiment nouvellement acheté par E. Cognac le long de la rue de Rivoli. (cf. photo 2)

En général, l’art déco est né entre les 2 guerres mondiales dans les années 1920 – 1930, et tire son nom de l'exposition internationale des Arts Décoratifs et industriels modernes à Paris en 1925. Il célèbre le progrès, la technologie, mais aussi la mondialisation à travers l'exotisme. Il utilise des matériaux disparates selon le type d’immeuble construit ex : béton, pierre de taille (pour les immeubles bourgeois), briques (pour les HBM).

L’Architecture contemporaine : réhabilitation et création
Le programme est surnommé « Le Rubik's Cube », véritable casse-tête par l'imbrication des différents programmes (surface de vente, bureaux, hôtel, logements sociaux, crèche).
Surface totale sur 2 bâtiments traités : 65 119 m²
Investissement : 750 M€, 2400 emplois directs créés.
LVMH est également propriétaire des autres bâtiments qu'il a rénovés et loue à des enseignes commerciales.
Réhabilitation
L'architecte principal de cette réhabilitation est François BRUGEL, avec l'appui de celui des Monuments historiques : Lagneau. Cette réhabilitation s'impose par son adaptation nécessaire aux nouvelles règles de sécurité des bâtiments recevant du public. La protection incendie n’était plus assurée : les structures en acier pouvaient flamber, il n’y avait pas d'accès des pompiers aux derniers niveaux, ni d'escaliers encloisonnés, les planchers en verre avaient leurs supports métalliques ayant une résistance au feu de 8 min maximum ! Le passage était également possible des enfants (par leur tête) à travers les balustrades, qui ne jouaient plus leur rôle actuel de garde-corps.
De nombreux staffs ont été rénovés, et certains ont même été créés de toute pièce selon les prescriptions de l'architecte Lagneau (ACMH), de même que les nouveaux supports de la signalétique de commercialisation. 
La verrière a été classée aux Monuments Historiques : env. 1000 m² et 1530 vitrages ont été refaits sur mesure avec une nouvelle technologie électronique.  Chaque verre « électro chrome » a été câblé pour s'éclaircir ou s'opacifier selon la luminosité du ciel parisien, l'objectif est le contrôle thermique et lumineux.
Les sols en verre ont été recréés (sur la partie la plus visible du 5e étage) par la Manufacture des Gobelins : dalles monobloc en « plaques de chocolat » avec pointe de diamant mais scellés sur une chape de béton. Les autres sols sont principalement en marbre de carrare, pour rappeler les pavés parisiens.
Sur 200 plaques de lave émaillée, une vingtaine ont été refaites à neuf, de même que 6 pinacles.
900 m linéaires de garde-corps ont été restaurés et sécurisés. 1500 feuilles de marronniers ont été dorés à la feuille d'or.
Création : une vraie rénovation par l’agence SANAA
L’agence japonaise était déjà connue en France pour le musée du Louvre-Lens. Elle a créé la façade sur la rue de Rivoli car l’ancien bâtiment était sans valeur architecturale, ainsi que les 2 patios intérieurs.

La façade sur rue est ondulée et en verre. Elle reflète les bâtiments d’en face, et donne un aspect de « tombé de voile ». Cette façade extérieure est composée de 343 panneaux de verre courbés et sérigraphiés de 2,70 m x 3,50 m pesant chacun de 600 kg (en hauteur) à 1250 kg (en pied de façade) et ne reposant que sur 2 points d'appui. Elle comprend 10 000 m² de verre en triple peau : la façade côté intérieur est droite et plane. Son traitement permet de gérer à la fois le confort intérieur thermique, acoustique, lumineux et la résistance au feu. La sérigraphie s'applique sur les parois courbes et droites par des points d'environ 1mm, et varie selon les étages et l'orientation. (cf. photo 3)

Cette après-midi s’est terminée par un gouter au restaurant VOYAGE au 5e étage sous la grande verrière. (cf. photo 4)

Axelle et Jean CULDAULT 
 

Visuels